Mardi de la cinquième semaine de Carême
Pour beaucoup, la colère est un combat quotidien. Notre esprit peut facilement se laisser entraîner dans la colère lorsque nous avons le sentiment d’avoir subi une injustice. Et bien que les injustices existent, la juste réponse n’est pas le péché de colère, mais le pardon, encore et encore, et la patience qui endure tout. Cela est difficile parce que, d’un point de vue purement naturel, la colère paraît compréhensible. Lorsqu’une grave injustice se produit publiquement, les gens s’indignent. Lorsque quelqu’un manque à ses responsabilités, on exige qu’il rende des comptes. Lorsqu’une personne nous fait du tort, nous voulons justice. Ces réactions nous paraissent compréhensibles parce qu’elles découlent de notre nature humaine déchue. Elles ne découlent toutefois pas de la miséricorde de Dieu.
La juste colère, comme celle de Jésus renversant les tables dans le Temple, n’est pas le péché de colère. C’est un acte d’amour qui cherche à conduire une personne au repentir. Jésus n’avait pas perdu la maîtrise de Lui-même et ne se laissait pas guider par Ses passions. Il gardait une parfaite maîtrise de Lui-même et cherchait ardemment à appeler les gens à un culte plus authentique, pour leur propre bien. Seule une âme pure, consumée par l’amour divin, est capable de poser un acte de sainte colère. Ceux qui le font savent que leurs actes découlent de la miséricorde de Dieu.
Lors de l’arrestation de Jésus au jardin de Gethsémani, la peur de Pierre l’a conduit au péché de colère lorsqu’il a tiré son épée et tranché l’oreille d’un soldat. Jésus, cependant, est allé au-delà de la justice et a exercé la miséricorde en guérissant l’oreille du soldat et en disant à Pierre : « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? » (Jean 18:10). La mission de Jésus était le salut des âmes. Il n’était pas là pour Se défendre contre toute injustice, en demandant immédiatement des comptes à chacun et en le condamnant. Son regard embrassait la perspective plus vaste de la miséricorde.
Nous devons imiter Jésus et accepter librement de subir l’injustice. Lorsque nous le faisons, une grande puissance spirituelle se déploie. Cette puissance spirituelle est bien plus grande que celle qui consiste à demander immédiatement des comptes à quelqu’un et à recourir à la condamnation. La puissance spirituelle de la miséricorde et du pardon, telle qu’elle se manifeste dans l’acceptation patiente de l’injustice, a le pouvoir de transformer les esprits et les cœurs et de les tourner vers Dieu. La condamnation n’a pas ce pouvoir.
Tout comme la gourmandise spirituelle, la colère spirituelle surgit souvent lorsque le sacrifice est nécessaire et que les douceurs spirituelles diminuent. Ceux qui ont longtemps ressenti les consolations de Dieu finiront par constater que ces consolations s’estompent. Lorsque cela se produit, ils s’irritent et éprouvent de la frustration parce que Dieu retire les sentiments agréables qu’Il leur accordait. Ces âmes saintes doivent comprendre que la persévérance patiente dans la vie spirituelle portera des fruits de récompense éternelle bien plus grands que les douceurs spirituelles immédiates. Certains saints ont enduré des décennies de sécheresse spirituelle, mais ont persévéré à travers tout cela dans la fidélité à la volonté de Dieu.
Du haut de la Croix, Jésus s’est écrié : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23:34). Si le Fils de Dieu peut pardonner et supplier le Père de pardonner à ceux qui L’ont mis à mort, alors même qu’Il agonisait, cet acte nous appelle tous à la même profondeur de pardon. La miséricorde va au-delà de la sagesse humaine naturelle et exige une nouvelle profondeur de sagesse spirituelle, qui ne se trouve que sur la Croix.
Méditez les paroles de Jésus sur la Croix. Faites-les vôtres. Pensez aux personnes de votre entourage envers lesquelles vous gardez de la rancune et prononcez ces paroles à leur sujet dans la prière. Faites-le encore et encore, en croyant à la sagesse spirituelle de la Croix de Jésus.
Mon Seigneur qui pardonnes, Tu es venu donner librement Ta vie pour le salut des âmes, ne désirant que voir la miséricorde jaillir de Ton cœur blessé. Je T’en prie, libère-moi du péché de colère et mets Tes paroles divines dans ma bouche et dans mon âme afin que je puisse sans cesse dire avec Toi : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Jésus, j’ai confiance en Toi.
Voir aussi : Trentième jour : 40 jours au pied de la Croix
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